Le monde du travail est-il hors du champ politique ?
La question mérite d'être posée si l'on se réfère aux diverses
interventions récentes d'hommes politiques, de syndicalistes et de
travailleurs interviewés lors de reportages télévisés. La campagne
électorale s'est beaucoup intéressé aux symboles et à la macro-économie,
peu au monde du travail, à ce qui se passe réellement dans les entreprises.
Les électeurs ne s'y sont pas trompés: Peu considèrent que leurs
soucis ont été véritablement abordés. L'entreprise au quotidien
révèle un comportement schizophrénique de la part des salariés.
Il est assez mal vu de parler "politique" avec ses collègues
et, dans le même temps, il est de bon ton de dénigrer la classe politique
et son "impuissance" face à la crise, sous-entendu, je vote
mais ça ne changera rien à mon ordinaire au travail, deux mondes séparés
par une barrière invisible. D'un côté, un mouvement collectif qui
pousse les gens à voter, de l'autre, des individus qui vont au travail
sans illusion. Nul reproche ne peut être fait aux salariés. Les conditions
de travail se sont dégradées par l'application de logiques d'entreprise
parfaitement identifiables mais non analysées. Ces logiques sont RESSENTIES,
individualisées, intériorisées et ne peuvent se traduire par
une revendication collective. Plusieurs sondages ont montré le mal-être
dans l'entreprise, la perte de sens.
Nous votons sans illusion sur le changement que cela peut apporter
à notre vie quotidienne. Le lien existe. Nous vivons dans un Etat de
droit, dans lequel la vie en société est régie par des lois, lesdites
lois étant proposées par un gouvernement et votées par une
assemblée élue par...nous. La vie en entreprise est censée être
encadrée par ces lois, évitant ainsi les abus. Au fil de l'Histoire,
les textes se sont étoffés, ont pris des orientations diverses, se
sont accumulés. La multiplication des textes a rendu leur compréhension
inaccessible au commun des mortels et nécessité l'émergence de spécialistes
du droit: Droit social, fiscal...etc. Les procédures se sont substituées
aux textes fondamentaux. La "judiciarisation" de la société
a occulté les vrais enjeux. Une entreprise, quelle qu'elle soit, est
censée créer de la richesse par le biais du travail de ses salariés.
Elle est censée redistribuer cette richesse. C'est à ce moment précis
que la loi intervient...ou pas. Quand le partage s'effectue de manière
équitable (perçue comme tel), il n'y a pas matière à légiférer,
nous vivons dans un système économique de libre entreprise. Quand
ce n'est pas le cas, le législateur corrige le tir. Il est censé le
faire s'il a été élu pour ça. Les textes de loi ne sont pas neutres,
ce ne sont pas que des empilements d'arguments juridiques, ils ont un
sens et une ORIENTATION, une orientation politique et, osons le mot,
idéologique. Dire que l'économie est politiquement neutre, comme on
l'entend trop souvent, est une escroquerie intellectuelle et morale.
La richesse produite par une société et les entreprises qui la composent
doit être partagée et c'est l'équilibre du partage qui doit être
préservé, entre les employeurs et les employés.
Le lien entre la vie dans l'entreprise et la vie politique se trouve
là. Le vote citoyen est partie intégrante du monde du travail, le
débat politique ne s'arrête pas à la porte de l'entreprise. Ceux
qui vous disent le contraire vous mentent et sont intéressés par votre
désengagement.